🎵 Mon beau sapin...🎵
Cette semaine, on plonge dans l'esprit de Noël à la russe. Pas de faits divers, que de l'humour et de l'amour... à la russe.
C’est Noël, épargnons-nous l’état des lieux des négociations entre Russie, Etats-Unis et Ukraine. Le dernier plan proposé par Trump et Zelensky, qui balaie les questions territoriales, n’a aucune chance d’être accepté par Vladimir Poutine. Nous ne connaitrons malheureusement pas la paix en 2025.
Parlons plutôt de la conférence de presse annuelle du président russe.
Le moment est traditionnellement pénible (il a duré 4h30 cette année), interminable, mais je dois avouer que j’aimais y assister quand j’y étais encore accepté. Parce que c’était une rare occasion de passer plusieurs heures avec Vladimir Poutine et parce que l’administration présidentielle, qui organise le spectacle de A à Z, a le sens du rebondissement.
Il faut toutefois vraiment aimer se faire mal pour suivre ces heures de direct sans décrocher. Les choses sont assez peu cohérentes, on peut passer de la guerre en Ukraine à une demande en mariage en quelques secondes. Un bordel qui permet au président russe de survoler l’audience et de se positionner, une fois de plus, comme père des peuples, que ce soit pour mener une guerre mondiale ou pour promettre de l’asphalte dans la rue d’un village russe. Que ferions-nous sans Vladimir Poutine ?!
Je ne vais pas vous refaire toute la conférence ici, je l’ai commentée en direct sur Bluesky.
Mais je voudrais vous faire part d’un point qui m’a marqué. A plusieurs reprises, le président russe a été interrogé sur le futur de la Russie, d’ici 100 puis 200 ans. Vladimir Poutine a été très clair sur son obsession de l’histoire marquée, sur son dessein historique qui passe désormais avant tout pragmatisme et toute rationalité.
Il s’est notamment lancé dans un monologue qui le décrit comme le chef de guerre de son époque face à la Grande guerre patriotique de sa génération. Il imaginait alors une discussion avec les Russes du futur :
“Nous, Russes, dans des turbulents 20e et 21e siècles, avons été reconnaissant envers ce qui a été fait par nos prédécesseurs. Nous avons eu des problèmes mais nous avons avancé, nous avons pensé à l’avenir, à vous. Si vous avez notre message aujourd’hui, c’est que vous ressentez et comprenez les liens entre les temps. C’est très important. Cela veut dire que lorsque nous nous sommes battus pour vous, ce n’était pas en vain”.
D’une façon plus prosaïque, j’ai trouvé très parlant le fait que Vladimir Poutine ait été incapable de nommer un seul de ses amis (il craint les amis par intérêt) et trouvé intriguant qu’il se dise “amoureux”. Assisterons-nous à une séquence Poutine in love dans le respect de la religion et des valeurs traditionnelles en 2026?
Le dernier Russe qui croyait encore au père Noël
A Tcheliabinsk dans l’Oural, un père de famille s’est mis à hurler dans un jardin d’enfants parce que son enfant n’avait pas reçu de cadeau de la part du père Noël (En Russie, Ded Moroz, grand-père gel). Les adultes présents ont bien tenté de récupérer le coup en retrouvant le cadeau perdu pour l’offrir à son fils, mais la magie de Noël n’était déjà plus dans la pièce.
“L'homme a piqué une crise dans les vestiaires, relate le média Fontanka, proférant des injures et gesticulant violemment, devant les parents et les enfants. Il a crié qu'il croyait au Père Noël, tout comme son fils, mais que le conte de fées s'est soudainement effondré”
Cette histoire est anecdotique même si elle a fait le tour du web russe. Ce qui me frappe, c’est la vidéo d’excuses publiques réalisée sous contrainte dans un commissariat de sa ville publiée le lendemain.
Il y a encore quelques années, les vidéos d’excuses publiques venaient systématiquement de Tchétchénie, la dictature dans la dictature, elles sont depuis l’offensive de 2022 contre l’Ukraine en train de se généraliser. Mais pour des situations aussi apolitiques.
Plus d’argent pour les décos, les Russes ont les boules (de Noël)
Le jeu de mots, est casé.
Alors que les occidentaux en goguette à Moscou sont encore nombreux à choisir le camp du Kremlin pour la simple raison qu’ils ont été séduits par la grandeur et la majestuosité de la vitrine Moscou, les Russes, eux, connaissent la vérité. Ne dit-on pas que “Moscou n’est pas la Russie et que la Russie n’est pas Moscou”?
Une tendance est apparue ces derniers jours sur les réseaux sociaux, qui se moque des décorations de fêtes pas particulièrement à la hauteur des attentes des contribuables russes (pour qui les fêtes sont trèèèès importantes).
La presse parle notamment d’une blogueuse de la ville d’Irkoutsk qui dénonce un sapin qui ne change pas d’une année sur l’autre, le média local en question confirme “des moyens très modestes cette année”. Je vous laisse deviner où est parti l’argent.
Le plus intéressant c’est que la presse parle sans problème de ce sujet. La télévision du maire de Moscou, “Moskva 24” s’en amuse même dans un reportage : “Les images publiées sur les réseaux sociaux montrent des sapins de Noël penchés et presque dénudés, ainsi que d'étranges structures décorées de guirlandes éparses”.
(Ce paragraphe est dédicacé au citoyen franco-russe Xavier Moreau, amoureux de Moscou, petit ange sanctionné bien trop tard par la commission européenne)
Humour russe
Le média russe en exil “Holod” a repéré un sketch diffusé dans l’émission d’humour “Comedy club” de la chaine humoristique “TNT”. Dans ce sketch, les humoristes se moquent de leurs concitoyens qui ont choisi l’exil, rions ensemble à l’humour officiel :
Deux hommes sont assis dans un studio rappelant celui de la chaine de télévision en exil (et interdite en Russie), Dojd. C’est ultra cynique.
“Bonjour chers téléspectateurs, en direct sur la chaine “Sliakots” (neige fondue, référence à Dojd = pluie) et aujourd’hui comme d’habitude nous allons parler de l’avenir sombre de la Russie depuis notre studio lumineux de Vilnius.
Merci d’avoir rejoint notre direct, qui que vous soyez, un “freegan” (quelqu’un qui rejette le consumérisme) de Tbilissi, un polyamoureux de Bali ou une féministe de Berlin, nous accueillons tous les Russes. Et bien sûr, tous vos dons.
Notre objectif ambitieux du jour, quinze euros pour renverser le régime.”
Un téléphone sonne.
- Nous avons encore un appel en studio, mais on me dit que c’est un appel inhabituel, il vient de Russie. Comment vous appelez-vous ?
- Oleg !
- Oleg, vous appelez de votre prison ?
- Non
- Vous appelez depuis l’avtozak (camion de police) en route vers la prison ?
- Non
- Ah, vous êtes déjà descendu de l’avtozak et vous êtes devant la prison?
- Non, je n’ai rien à voir avec la prison!
- C’est Oleg qui nous appelle, qui sera bientôt en prison.
- (L’homme au téléphone) Je veux parler! Par rapport à ce que vous dites sur la Russie, vous portez toute… bip-bip
- (présentateur), Apparemment il y a un problème avec la connexion.
- (Présentateur 2) Apparemment il appelle avec l’application de messagerie nationale “Max” (l’application mise en avant par le FSB en vue du blocage de Whatsapp)
Téléphone qui sonne.
- Nous avons encore un autre appel en studio, allo ?
- (russe avec accent anglais) Bonjour, dites-moi, comment va ma Russie ? Je suis parti il y a longtemps et je vis très loin de Moscou dans un pays qui a une mentalité totalement différente, avec une autre façon de vivre.
- Dans quel pays vivez-vous ?
- Le Kazakhstan ! Nous sommes partis il y a très longtemps, en 2022. Nous avons pris tout ce qui est important, la trottinette, le bichon maltais, le raf à la vanille et nos restes de sandwichs au poulet…
- (Présentateur) Ahh, les restes de sandwichs au poulet… Les Russes étaient déjà mal nourris à l’époque !
C’est cynique et évidemment très mal vécu par les Russes en exil qui risquent réellement la prison, pour une partie d’entre-eux, s’ils tentaient de revoir leurs proches. Les blagues jouent sur le côté “hypsters” “ennemis du peuple”, “faux russes”, qui ont fui le pays au lancement de la guerre.
Ils jouent aussi sur leurs difficultés à s’intégrer, insinuant qu’un russe ne peut vivre qu’en Russie.
Enfin, ils rappellent une réalité qui touche les Russes en exil, et notamment les journalistes et politiciens. Il est dur de rester en contact avec son pays lorsqu’on n’y met plus les pieds.
Bref, j’espère que vous avez bien rigolé.
Pas super “valeurs traditionnelles” cette affaire
Terminons cette lettre de Noël par une manifestation pas super “Noël friendly” à ajouter dans la liste “qu’est-ce qui fait manifester les Russes ?”
A Krasnodar, dans le sud de la Russie, plus de mille personnes ont manifesté contre la construction d’une église de 70m de haut sur la rive de la rivière Kouban. Les autorités ont beau menacer les manifestants, les partisans de ce chantier ont beau les qualifier de “provocateurs”, le mouvement fait de rassemblements, pétitions et appels à la démission du maire local perdure depuis octobre dernier.
Ajout d’une précision après publication :
Je me rends compte en me relisant qu’il manque du contexte à cette histoire.
Les habitants de ce quartier de Krasnodar ne sont pas contre l’église pour des questions religieuses (même s’ils considèrent qu’il y a déjà assez d’églises dans leur ville), ils sont motivés par des questions d’écologie et de respect des parcs publics et parcs pour enfants. Des motivations que l’on retrouve très régulièrement dans les mouvements de protestation locaux. L’église promet d’être gigantesque et de cacher la vue de certains appartements sur la rivière. Voir images de la dernière manifestation ci-dessous :
Et évidemment, ils ne s’en prennent pas à Vladimir Poutine, au contraire, ils l’appellent à l’aide ! (vidéo ci-dessous).
Les vacances ne commencent qu’au 31 décembre en Russie! J’essaierai donc de vous faire une newsletter du Nouvel an. En attendant, joyeuses fêtes et abonnez-vous !







