Moscou parano
Un petit voyage dans la Russie en guerre le temps d'une newsletter... et d'un livre.
Pardonnez-moi pour ce titre intéressé mais mon second livre, “Moscou parano” sort ce mercredi 11 mars. A l’image de cette newsletter, j’y raconte des voyages dans la Russie en guerre avec beaucoup de sarcasme. La quasi-totalité de ce livre est composée de reportages que je n’ai jamais publiés. Ce sont mes derniers témoignages de Russie avant un avenir incertain (ça vaut pour moi comme pour la Russie).
Vous pouvez me soutenir de deux façons :
En l’achetant (surprise), il est déjà en précommande. C’est certainement le meilleur moyen de soutenir le journaliste freelance que je suis. Il est disponible en France, Belgique et Suisse (certainement au Québec avec un petit décalage).
Si le sujet vous intéresse et que vous avez envie d’en discuter de vive-voix, moi je suis toujours partant ! N’hésitez pas à proposer à votre libraire favori de m’accueillir.
Je peux déjà vous parler de trois rendez-vous à venir :
Le 11 mars au bar “Le 61” à Paris, à 19h, pour la présentation du livre.
Le 17 mars à 19h30 à Paris pour un débat sur la question des territoires occupés. Détails et inscription ici.
Et je serai le 28 mars à Lyon-Décines, au Toboggan, pour commenter le documentaire “Mr. Nobody Against Putin” de Pavel Talankin (qui sera avec nous en visio).
Enfin, pour les streameurs de la salle, n’hésitez pas à me suivre sur Twitch, j’ai quelques idées de soirées en tête ! Voici mon pseudo : twitch.tv/pgogpop
Dans la collection “amis mais pas pour la vie”, le Kremlin vient encore de s’illustrer dans son incapacité à soutenir un pays dit “partenaire” en grande difficulté. A la décharge du président russe, ces partenariats, qu’ils soient signés avec l’Iran, le Venezuela ou la Syrie, n’impliquent pas un soutien militaire le jour où ça dérape. D’ailleurs, le soutien “diplomatique” du Kremlin pour l’Iran relève d’une intensité proche d’une condamnation européenne. En somme, un service minimum avec toutefois cette rumeur d’un Kremlin qui offrirait un peu de renseignements aux iraniens pour les aider à détecter leurs cibles.

Comme les alliés du Kremlin tombent uns à uns dans le plus grand des silences moscovites, certains propagandistes s’emparent du sujet. Le 4 mars dernier, Vladimir Soloviev, le célèbre propagandiste a expliqué à ses téléspectateurs que “si la Syrie, le Venezuela ou Cuba avaient signé un accord clair et précis comme l’a fait la Corée du Nord, alors nous les aurions défendus”. Ces dictateurs n’avaient pas signé le bon formulaire. Ah! Légendaire bureaucratie russe !
Bon, dans les faits, il est surtout clair que la Russie, engagée à 100% dans la gestion de sa guerre contre l’Ukraine est totalement incapable de venir en aide à qui que ce soit.
Alors il ne reste plus que les mots : “tous ceux qui souffrent de l’agression des États-Unis et d’Israël sont nos partenaires stratégiques” a déclaré Sergueï Lavrov jeudi.
La Russie ne souhaite tellement pas s’impliquer qu’elle a “européennement” (je dépose le terme) défendu son voisin azéri, visé par des drones iraniens, jeudi. “Nous appelons toutes les parties à faire preuve de retenue et à ne pas permettre une nouvelle escalade des tensions dans la région” a simplement déclaré Dmitri Peskov, le porte-parole de Vladimir Poutine.
Venons-en à la partie “amusante” de cette situation catastrophique : les influenceurs. Comme de nombreux autres pays, la Russie compte un certain nombre d’influenceurs basés à Dubaï. Ils y viennent pour les mêmes raisons que les autres, les impôts et le devoir reposant d’apolitisme (+ quelques exilés politiques).
Ioulia Vavilova, 24 ans, qui serait la compagne de Pavel Durov, le créateur de Telegram fait partie de ces Russes bloqués sur place. Cette experte en cryptomonnaie qui s’est récemment vantée de contourner les sanctions qui visent la Russie craignait pour sa vie il y a quelques jours, alors qu’une villa voisine venait d’être frappée par un missile.
Le média “Novaya Gazeta” a publié hier une vidéo au titre bien trouvé “De la guerre à la guerre”, faisant le récit d’un vol d’évacuation de citoyens russes bloqués aux Émirats Arabes Unis qui n’a pas pu atterrir à son aéroport de destination, Krasnodar, à cause… de drones ukrainiens.
En parlant de Telegram, ça se gâte pour l’application russe dont les liens avec le Kremlin et le FSB ont toujours été pour le moins troubles. Le blocage de l’application est censé être en cours depuis le 1er mars. On a tous vu passer cette vidéo d’un politicien totalement pro Poutine, traiter de “débiles” ceux qui envisageaient ce blocage, notamment parce que les militaires russes utilisent abondamment l’application sur le front. On a également observé un mouvement d’humeur de la part de la population qui utilise beaucoup Telegram au quotidien.
Mais rien n’y fait, Poutine persiste
On peut imaginer que le blocage se passera comme la dernière fois, en 2018, lorsque le gendarme du web russe a passé un an à tenter de bloquer l’application sans jamais y parvenir. D’ailleurs, le Kremlin a déjà annoncé qu’il continuera à l’utiliser malgré le blocage, propagande oblige.
“Nous avons beaucoup de compatriotes à l’étranger… il est important de leur transmettre l’agenda du président.” Dmitri Peskov.
Mais tout cela semble sérieux et s’inscrit, officiellement, dans le cadre de la même loi que celle qui avait amené au premier blocage de ce type, celui de Linkedin, en 2016 et qui oblige toutes les plateformes à héberger leurs données concernant les citoyens russes sur le territoire russe. Une façon pour le FSB d’avoir accès aux données personnelles. Les enjeux sont multiples, il s’agit de toujours plus contrôler le champ informationnel des Russes, limiter les arnaques, fléau national et de se méfier de Durov, plus louche que jamais depuis qu’il a passé quelques jours dans un commissariat français à répondre aux services de renseignement.
Le parti Iabloko et quelques militants mécontents ont déposé des demandes de manifestations contre ce blocage auprès des autorités russes, qui ont, sans surprise tout refusé. Il faut dire qu’à Moscou le parti a tenté le tout pour le tout en suggérant un rassemblement dans le parc Zariadié, autant dire, sur la Place Rouge. Autre anecdote, les autorités utilisent encore en 2026, un décret de 2020 relatif aux précautions sanitaires contre le Covid pour interdire les rassemblements qui ne leur plaisent pas.
Ces tentatives aujourd’hui rares de manifester avec l’aval des autorités mettent parfois en lumière le réflexe de politiciens locaux qui agissent sans s’en rendre compte contre les exigences de Moscou. A Irkoutsk, en Sibérie, la mairie a autorisé une manifestation sur une île du fleuve Angara située à l’écart du centre-ville avant de faire marche arrière, très certainement rappelée à l’ordre par le FSB.
Dans la collection lois absurdes, le Kremlin a fait voter l’année dernière une loi interdisant les titres, marques, enseignes en lettres latines. La loi vise en fait les mots étrangers (que l’on retrouve pourtant souvent translittérés en cyrillique dans le quotidien des Russes). Je ne me rappelle pas avoir vu passer cette loi à l’époque mais elle doit entrer en vigueur ce mois-ci.
A Ekaterinbourg, Ekaterina Gerlakh, délatrice bien connue pour son combat contre les mots étrangers (à chacun sa priorité, on ne juge pas), a envoyé une plainte au procureur pour dénoncer le chanteur du Kremlin, “Shaman”, dont le nom est systématiquement écrit en caractères latins en Russie.
La justice ne réagit pour le moment pas à cette requête et le concerné se permet même d’expliquer à cette femme que la loi ne concerne pas, selon-lui, les mots déposés. Eh oui, “Shaman” a déposé son nom de scène il y a quelques mois, de quoi ravir les chamans de Sibérie (le nom de scène “fasciste” était certainement déjà pris).
Rien à voir, prenez ce passage comme une brève mais sachez que la marque de luxe “Dior” prépare sa réinstallation en Russie. La marque continuait de payer les loyers de ses magasins depuis 2022 et son vague départ de Russie après le lancement de l’offensive de grande ampleur contre l’Ukraine. Le but était de ne pas perdre les bons emplacements dans la capitale, notamment pour son magasin du GOUM sur la Place Rouge.
Depuis 2022, les produits de luxe entrent d’une façon ou d’une autre dans le pays, plus ou moins officiellement. Désormais, la jeunesse dorée moscovite pourra de nouveau faire son shopping sans avoir à emprunter le jet de papa pour faire ses courses à Courchevel.
Vladimir Poutine a encore fait usage de ses mystérieuses conserves !
De quoi je parle ? De ces vidéos, rencontres, séquences télévisées enregistrées et parfois diffusées quelques jours ou semaines plus tard pour cacher une absence, une disparition des radars du président russe. A part prendre des vacances ou gérer ses injections de botox, je n’ai pas grande idée de ce qu’il peut bien faire pendant ses disparitions. Et s’il voulait passer du temps avec ses petits enfants ? Ce serait alors la preuve qu’il ressent des émotions mais je m’avance sans preuves.
Bref, je m’éloigne du sujet. Cette fois-ci, c’est une plante verte qui a permis aux fins observateurs du web de voir que le président russe avait diffusé des images enregistrées quelques jours plus tôt lors des deux premiers jours de l’offensive américano-israélienne en Iran. Ces observateurs estiment qu’il n’était pour une fois pas question de disparaître mais de combler une nécessité communicationnelle de dernière minute, imposée par cette actualité internationale. Il s’agissait pour le chef du Kremlin de montrer à sa population qu’il était bien trop concentré sur la gestion de son pays pour se préoccuper du destin de ses partenaires étrangers.
Certains journalistes russes en exil estiment même que Vladimir Poutine est très sensible à ces histoires de tyrans pris en grippe par Donald Trump ou poussés à l’exil… chez lui. Peut-être même que ça l’empêche de dormir la nuit ! Qui sait…
En attendant, la purge massive se poursuit au sein des élites politiques et militaires russes. Dernière victime en date, encore un gros poisson, Ruslan Tsalikov, ancien vice-ministre du ministre de la défense période Shoïgou bien sûr. Il a quitté le ministère un mois après le départ de Shoïgou et du liquidateur de corrompus, Andreï Belooussov.
Tsakilov est le 4e politicien proche de Shoïgou (lui en était particulièrement proche, une relation de 30 ans) pour qui ça tourne mal, toujours pour une histoire de corruption. Il y a fort à parier que Shoïgou, qui fut particulièrement proche et fidèle du président russe sera le seul à s’en sortir mais que le système sait être cruel pour les autres !
Car la raison de cette purge est simple, il s’agit de s’en prendre à ceux qui par le passé, ou pire, en ce moment, ont ou font perdre de l’argent au budget et donc des capacités à l’armée. Il y a peut-être aussi un peu de rancœur liée à la crise d’adolescent/tentative de putsch de Prigojine mais la raison principale reste la corruption.
Comme les autres, Tsakilov avait reçu toute une pelletée de décorations durant sa carrière, force est de constater que lorsque le pouvoir se retourne contre vous, elles n’ont plus aucune valeur. Ne lui reste plus à la poitrine que le poids des quatorze affaires de détournement de fonds, blanchiment d'argent et de corruption portées par le comité d’enquête, ces fameux enquêteurs qui rendent compte directement au Kremlin.
L’homme aurait eu la main lourde puisqu’il est accusé d’avoir volé à l’état l’équivalent d’environ 72 millions d’euros en traficotant le prix des uniformes commandés par l’État. Un classique si je puis me permettre.
Les deux ne vont pas se croiser en prison mais leurs chemins se croisent au moins spirituellement.
Arseni Turbin, 17 ans est en prison depuis deux ans. Il y est traité comme un adulte, un terroriste, et non un mineur.
Son tort : avoir été en contact avec le bataillon des Russes qui combattent pour l’Ukraine. Il a été condamné à cinq ans de prison pour “participation à un groupe terroriste” en 2024.
Adepte du harcèlement des prisonniers politiques, la justice russe le poursuit depuis le mois dernier pour “participation à une émeute de masse” sans que personne ne sache à quoi ça correspond.
Le jeune homme a été placé à l’isolement cette semaine, en attente de son nouveau procès.
Sa mère s’inquiète, elle craint un suicide de son fils : « Il me semble que la situation évolue de façon si cruelle que je crains pour sa vie » a-t-elle déclaré à des journalistes russes.
Mélangez les informations de cette newsletter et vous avez une société emprisonnée en masse. Que les citoyens de cette société soutiennent le président russe ou s’y opposent ne change rien.
Et encore, je n’ai pas fait état des faits divers de ces derniers jours…
Abonnez-vous quand même !









J’espère que vous ferez un peu de promo à l’avance pour vos stream Twitch ;-)
Je vais acheter votre livre qui sera passionnant à lire comme le premier. J’espère que votre situation personnelle évoluera plus favorablement que celle de la Russie.